Pierre-André Thiébaud

La tête dans les nuages, les pieds sur terre

Un prix a toujours valeur de reconnaissance dans une carrière, que ce soit comme comédien, réalisateur ou caméraman. Prix de la meilleure interprétation, prix du meilleur second rôle ou prix de la meilleure photographie, les dénominations ne manquent pas, sauf peut-être dans la catégorie des producteurs. Et pourtant, c’est bien en tant que producteur que Pierre-André Thiébaud a obtenu le prix culturel de l’État du Valais en 2017, prix qui couronne la carrière d’une personnalité au parcours singulier.

L’homme en impose, de par sa stature certes, mais surtout de par sa lucidité, l’intelligence de son propos et ses engagements. Il aime le cinéma comme on aime un paradis. Et pour que cet art vive, il faut que certains soient prêts à s’occuper des aspects financiers. Pierre-André Thiébaud s’est donc investi « du côté du diable, de celui qui gère l’argent » comme il l’affirme lui-même en riant. Il sait où et comment trouver l’argent pour permettre la réalisation d’un film, ce qui ne va pas sans stress ou certaines angoisses nocturnes.

On sous-estime souvent le métier de producteur qui œuvre en binôme avec le réalisateur. «  On rêve le scénario, on l’adapte pour faciliter la réalisation et l’on visionne et critique le montage. Au final, on est le premier spectateur du film », nous confie-t-il. De cette alchimie avec le réalisateur et le travail de toute une équipe naît le film. Et pour que le duo fonctionne bien, il faut un déclencheur. « On choisit un projet à partir d’une idée, d’un sentiment ou d’une intuition. Je pense que le cinéma doit être empli d’émotions et parler aux gens. Il faut viser le rêve, tout en gardant les pieds sur terre. »

Pierre-André Thiébaud a pourtant longtemps eu la tête dans les nuages. Son imaginaire s’est formé dans sa jeunesse durant tous ces étés qu’il passait au mayen, avec sa famille, dans le bas du Vallon de Réchy. « Cette magie m’habite toujours! J'aime raconter des histoires », nous révèle-t-il en évoquant ses débuts. C’est donc tout naturellement qu’il s’inscrit à l’INSAS à Bruxelles (Institut Supérieur des Arts du Spectacle). Après avoir produit un moyen-métrage en deuxième année, il interrompt ses études, car il n’y apprend plus rien. Et qu’on ne s’y méprenne pas, il n’y a aucune arrogance dans ce choix, juste le besoin d’être au bon endroit au bon moment.

À cette époque, le cinéma suisse est au sommet de sa gloire avec Alain Tanner, Claude Goretta, Michel Soutter. Les réalisateurs ne manquent pas et que faire de cette relève qui sort des écoles de cinéma. Pierre-André Thiébaud bifurque d’orientation professionnelle, se tourne vers le social et obtient un diplôme d’éducateur spécialisé à Genève. S’en suivent cinq belles années où il dirige le centre « Contact » à Sion, lieu d’accueil basé sur la créativité. « C’était un espace où cohabitaient une galerie d’art, un atelier de cuir, une revue autofinancée « Communication impossible » et un atelier d’astrologie. Les populations y étaient mélangées et venait qui avait envie de venir », témoigne-t-il. L’arrivée du SIDA change la donne, avec son lot de souffrances, de mort et le retour des mandats pénaux.

C’est peut-être pour ça qu’en 1986, il saisit une opportunité et retourne à ses premiers amours : le cinéma. Avec Pierre-Alain Meier et Matthias Kälin, Pierre-André Thiébaud crée «  Amidon Paterson » (ce nom leur est inspiré d’un poème de Blaise Cendrars), société productrice de fictions et de documentaires. L’idée est d’unir leurs compétences, lui comme producteur, Meier comme réalisateur et Kälin comme caméraman. Ne dit-on pas, ensemble on est plus fort ? Quatre années plus tard, c’est avec Gérard Crittin, journaliste et grand reporter de la course autour du monde, véritable star en Valais, qu’il décide de collaborer. Naît ainsi Productions Crittin & Thiébaud SA, société qui deviendra PCT cinéma télévision et qu’il gère seul depuis 2002.

Comme si ça ne lui suffisait pas, l’homme endosse également le métier de réalisateur, et durant ses passe-temps, celui de photographe. Il préfère réaliser des documentaires que des films de fiction, pour garder une vision réaliste sur le monde. « Je n’ai pas totalement abandonné mon métier d’éducateur. Un documentaire est toujours proche des gens, on leur offre une écoute. « Sapinhaut, une bouffée d’air folk » par exemple est typiquement un film qui donne la parole aux gens. C’est aussi un film qui montre « le passage à l’acte », car il ne faut pas que parler dans la vie, mais faire», nous raconte-t-il.     

Homme de conviction, Pierre-André Thiébaud s’engage bénévolement auprès de différentes associations. Président aujourd’hui de Valais Films (association valaisanne des professionnels de l'audiovisuel) il souligne la ténacité des réalisateurs valaisans, livrés à eux même dans un canton encore isolé, sans cinémathèque ou collectif d’artistes. Parions que ce passionné de cinéma trouvera l’énergie et les moyens pour défendre ardemment la cause du cinéma en Valais. Qui sait, il en résultera peut-être un film un jour ?

PCT cinéma télévision
Pierre-André Thiébaud
Route de la Combe 21
CH - 1921 Martigny Combe

www.pctprod.com


Parution: mars 2018
Texte: Sophie Michaud
Photos: © Nadia Tarra

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