Pascal Viglino

« Toi, tu transmets »

Un matin de novembre pas comme les autres, nous attendons le musicien Pascal Viglino au Café d’Octodure. À l’écran, les informations défilent à toute vitesse sur les événements tragiques qui ont frappé Paris.  Pascal Viglino nous rejoint, ému et plein de réflexions. Nous parlons un peu de musique et essayons de nous concentrer sur ce qui nous réunit ce matin, le Prix d’encouragement de l’Etat du Valais qu’il a reçu la veille.

La lumière est belle, la vie continue, nous nous décidons pour une série de portraits décalés. Nous nous rendons dans les hauts de Martigny, et de sa voiture, Pascal Viglino sort un tapis rouge, une table blanche et les boîtes à meuh. Les instruments de son spectacle « Per Ënkyé », littéralement « Par ici » en patois de Savièse, contrastent joyeusement avec le vert des prés et s’accordent avec les dernières vaches qui y paissent.

Pascal Viglino, modeste, explique qu’un Prix d’encouragement n’est pas une consécration en soi, mais qu’il confirme une option artistique comme juste et cohérente. Le musicien donne à l’art un point de départ dans l’intuition, dans quelque chose qui n’existe pas encore. Très concret, Pascal Viglino compare son art à celui de la cuisine. Le fromager, au même titre que le musicien, pour innover, doit essayer et se fier à son intuition pour créer des saveurs nouvelles.

Il évoque Kafka et notre nature de chercheur. L’artiste est un nomade sur une dune, un guetteur qui attend les signes imperceptibles d’une tempête, d’une oasis.  Un prix d’encouragement ne récompense pas un révolutionnaire, mais il valide la démarche artistique de « Penser l’ailleurs ».

À l’occasion du Bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération, Pascal Viglino a mis sur pied la création « XiViX, op. 1515 Pour Mannequins et Ensemble ». L’artiste part du principe qu’il y a toujours quelque chose que l’on ne comprend pas. Son but est avant tout de comprendre et faire comprendre ce que d’autres pensent différemment. L'actualité l'en convainc. Il conçoit qu’autour de lui, on ne comprenne pas pourquoi il touche une reconnaissance de l’Etat pour ce qu’il fait. Car pour la majorité des gens, ce qu’il fait n’est pas valorisable économiquement. Il y a une opposition entre le résultat, qui rythme le quotidien, et le processus. Le processus est sous-jacent, impalpable, il est ce qui permet l’avant-garde.

Pour un artiste, l’enjeu est de garder foi en l’importance de ces projets impalpables, mais indispensables. Il retient une phrase que l’on lui a dite un jour « Toi, tu transmets ».  Pascal Viglino a plus que jamais envie de travailler sur le folklore, sur les aspects artistiques au-delà de la question pure de la sauvegarde. « XiViX » en est un excellent exemple, il parle à la fois de la Fashion Week et du costume traditionnel. Tous les créateurs s’inspirent des traditions, qu’elles soient africaines ou asiatiques. Ce qui lui importe, c’est la transmission. Ce projet fou a été un véritable laboratoire d’idées, avec une quarantaine de personnes impliquées. Et donc autant de malentendus. Et finalement, tout a fonctionné.

Aujourd’hui, Pascal Viglino souhaite continuer à avoir du plaisir à jouer.  Il veut être musicien et non directeur artistique. « J’ai joué la 9e de Beethoven la semaine dernière… le pied ! » Il rêve de monter un orchestre, de jouer chez Gianadda, juste pour rendre ce qu’il a reçu. Il rêve de monter un projet avec des groupes folkloriques. Le musicien se souvient du bien fou que lui a procuré sa participation au TedX à Martigny, cette année, où innovateurs et promoteurs de demain se côtoient. Il souhaiterait travailler sur le design, créer des objets avec une belle qualité visuelle et sonore. Il souhaite transmettre, encore.

À propos de Pascal Viglino

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Ses créations

Per Ënkyé
Point Barre
XiViX op. 1515 Pour Mannequins et Ensemble

Parution: décembre 2015
Texte: Marlène Mauris
Photos: © Valérie Giger

 

 

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