Olivia Seigne

Bien douce Mary Poppins

Qui n’est pas tombé sous le charme de Mary Poppins, cette gouvernante aux fines bottines noires, au chapeau à fleurs et à la robe légère et tombante jusqu’aux talons ? Personne ! Et d’ailleurs, personne ne résiste au charme de celle qui, en 2017, a interprété ce rôle-titre avec délicatesse et aisance : Olivia Seigne, dont on relève la performance dans les journaux. Tout comme le célèbre personnage de Pamela Lyndon Travers, Olivia Seigne a de beaux yeux bleus-verts en amandes et un joli petit nez. Quand elle sourit, ses pommettes s’arrondissent et ses yeux se plissent malicieusement. Sa voix, grave et sensuelle, interpelle. Tout en elle respire la féminité, une féminité simple et joyeuse dont on tombe instantanément amoureux.

Olivia Seigne, comédienne et metteure en scène, est née à Sierre, mais c’est à Veyras, entourée de femmes exubérantes ou peintres (ou les deux à la fois) qu’elle grandit. Elle est l’arrière petite-fille du peintre Charles-Clos Olsommer, dont un musée à Veyras honore la carrière. Tout comme sa sœur écrivaine Aude Seigne, elle tombe pourtant dès l’enfance amoureuse des mots, ceux qu’elle lit dans les livres en classe, qui caressent son oreille et la touchent au plus profond de son âme. C’est d’ailleurs en poésie qu’elle décroche les meilleures notes à l’école.

Le théâtre a toujours été une évidence dans sa vie, d’abord grâce aux cours du Conservatoire à Sion, puis grâce à ceux du Petithéâtre. Elle s’inscrit aux cours Florent puis et à l’Ecole du passage à Paris dirigée par Niels Arestrup, où elle termine sa formation. Un jour pourtant, elle suspend son parcours théatral - trop de compétition, d'inhumanité et d'individualisme - pour étudier le russe pour la plus grande joie de sa grand-mère qui jusque là, boudait les choix de sa petite-fille. Les mots, toujours les mots. Au retour de son voyage linguistique et festif d’un an à Mouscou, le metteur en scène Lukas Haembleb cherche une assistante parlant russe. C’est elle qu’il engage et cette fois, la magie opère. La jeune veyrassoise ne quittera plus jamais ni la scène et ses coulisses, ni le public qui l’applaudit et l’encourage.

Olivia Seigne est consciente de la chance qu’elle a, et remercie ces moments de bonheur à chaque instant par un mot, une phrase, un sourire. En 2008, elle reçoit le Prix d’encouragement de l’Etat du Valais et pour nous faire comprendre quel impact cette distinction a eu dans sa vie, elle cite Lacan : « C’est le regard de l’autre qui me constitue. » La comédienne n’est pas dupe. Elle sait qu’on ne fait rien sans les autres. C’est d’ailleurs avec son mari, Alexandre Vogel, qu’elle créé la compagnie StoGramm qui signifie 100 grammes en russe, soit le dosage d’un shot de vodka ou le poids d’un oiseau sur une branche. Le directeur du Petithéâtre, Michaël Abbet, invite le collectif à imaginer un spectacle dans le noir, ça sera Life after Life créé en 2013, un projet pour la nuit, le royaume des fantômes ou des projections de nous-mêmes.

Grâce au Prix scènes valaisanne qu’elle obtient avec cette première création, elle peut aborder une thématique qui lui tient particulièrement à cœur: l’intersexuation. Olivia Seigne, dans Comme toi-même présenté en 2015 au TLH-Sierre, donne la parole à ces personnes nées entre deux sexes et nous livre, dans une originale et troublante mise en scène, leurs récits et leur regard sur le corps. Le comité d’Ouverture Opéra, association œuvrant à la création et à la promotion de spectacles lyriques, a-t-il vu ce spectacle ? Qu’importe. C’est à cette époque qu’elle est choisie pour succéder à Julie Beauvais à la mise en scène d’Ouverture Opéra présenté tous les deux ans à la Ferme-Asile à Sion. On lui fait confiance alors, reconnaissante, elle relève le défi. « On voltige comme des papillons effrénés autour d’une lampe, à la recherche de LA bonne idée. Puis, les mauvaises propositions tombent comme des peaux mortes et soudain, le concept final surgit comme une évidence. » Un travail de longue haleine et comme dirait Pierre Soulage qui l’inspire et qu’elle cite volontiers : « C’est en travaillant que je découvre ce que je cherche. »

Celle qui rêve de jouer un jour une pièce de Tschekhov en russe, se sent aujourd’hui autant à l’aise sur scène à jouer un rôle qu’à diriger des comédiens. Le projet initié par Anne Bisang, « les belles complications » où elle accompagne un collectif de comédiens en résidence, l’attend pour fin 2018 tout comme une troisième création avec le collectif StoGramm. Elle se dit chanceuse qu’on lui fasse toutes ces propositions. « C’est vertigineux, ça fait parfois peur, mais je peux difficilement imaginer me tourner vers autre chose. » De là-haut, sa grand-mère la regarde et est sans doute heureuse. Olivia Seigne aussi et ça se voit.  

Olivia Seigne

Parution: avril 2018
Texte: Sophie Michaud
Photos: © Diana Pfammatter

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