Noémie Schmidt

À fond la caisse

« Icecream Lolipop » porte bien son nom. Noémie Schmidt dépose son vélo, un mélange dépareillé de rose, bleu et de blanc, devant le café où nous nous sommes donnés rendez-vous. Cette bécane bientôt rouillée, mais qu’elle n’échangerait sous aucun prétexte, lui a permis de traverser la moitié des Etats-Unis, de New-York à San Francisco, à peine sa maturité en poche. C’est là-bas, durant ce voyage de huit mois, qu’elle décide de devenir comédienne et de s’inscrire à l’école de théâtre à Bruxelles inspirée des enseignements du célèbre comédien et metteur en scène Jacques Lecoq. Car les américains l’inspirent : ils osent, entreprennent, se nourrissent de l’énergie de la jeunesse, assimilent les populations d’immigrés en un magnifique melting pot et Noémie Schmidt les suit dans toute leur folie.

Ce voyage aura donc été formateur pour la jeune comédienne âgée aujourd’hui de 25 ans qui a déjà donné la réplique à Hélène Vincent dans le téléfilm Le premier été, à Claude Brasseur dans L’étudiante et Monsieur Henri, à George Blagden dans la série de Canal+ Versailles ou encore à Dany Boon dans Radin. Elle a également côtoyé Carl Barât et Fanny Ardant dans le film For this is my body. Pourtant, malgré ce début de notoriété et sa présélection aux César 2016 dans la catégorie «Meilleur espoir féminin», la jeune sédunoise garde les pieds sur terre. « Il faut rester lucide dans ce genre de moment, ne pas se prendre pour autre chose que ce que l’on est. » Alors tout naturellement, lorsque je lui demande comment elle a géré le stress de jouer dans une production à plus de 27 millions d’euros de budget comme la série Versailles, la réponse fuse sans un brin d’hésitation : « Ben j’ai travaillé ! ». Logique comme réponse et surprenant à la fois.

Noémie Schmidt s’adonne d’abord au chant lyrique. Petite, elle suit des cours avec Jean-Luc Follonier au Conservatoire de Sion. Dans un même temps, alors qu’elle n’a qu’une dizaine d’années, elle va vivre sa première grande expérience scénique. Entourés de comédiens adultes, elle et Christian Cordonier âgé du même âge, campent les personnages principaux d’Ubu roi, une pièce de théâtre d’Alfred Jarry montée par Ingrid et Bernard Sartoretti du Teatro Comico à Sion. « Je leur dois tout. Eux aussi, ils ont osé, osé faire confiance à deux enfants pour tenir les rôles principaux d’une pièce majeure qui dénonce la bêtise humaine. » Noémie Schmidt y fait ses premières armes, découvre le trac qui ne la lâchera plus et vit son premier trou de mémoire sur scène, un moment terrible qui pourtant, développe sa confiance et son affirmation de soi.

Bien sûr, la comédienne est belle, talentueuse et a grandi en Suisse dans un cocon doré, comme elle le souligne elle-même. Mais ce n’est pas sa longue chevelure blonde ou son apparence qui la rendent si étonnante. Ce qui nous frappe en plein cœur, irrémédiablement, c’est son discours sincère et profond, son regard sur la vie. Ce regard qu’elle porte sur son travail et les exigences tant émotives que physiques du métier, sur le marché du cinéma qu’elle décrit avec beaucoup de lucidité, sur sa zone de confort dont elle sort le plus souvent possible afin de nourrir sa soif d’apprendre, sur l’art et ses permanentes et incontournables évolutions, sur ses faiblesses, ses peurs, ses limites… Alors on se dit qu’elle ne l’a pas volé, le prix d’interprétation féminine au Festival du court métrage qu’elle a reçu à Nice pour son premier rôle dans « Coda », une production belge.

« Icecream Lolipop » disparaît au loin, lentement, emportant la pétillante jeune femme vers de nouveaux horizons qu’elle souhaite plus proches du cinéma indépendant et des courts-métrages. Et l’on se sent contaminé par cette boule d’énergie, par cette fille profondément authentique, émotive qui admire Romy Schneider et Marilyn Monroe et qui préfère que sa carrière ne s’envole pas trop vite. Décidément, Noémie Schmidt n’a pas fini de nous surprendre.

Parution: mars 2016
Texte: Sophie Michaud
Photos: © David Zehnder

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