KT Gorique

Musique sans frontière

« Dès lors que j’entre en contact avec le jour,
J’entends le son des oiseaux mêlés à celui des roues,
J’essuie les traces que mes rêves ont laissées sur mes joues… »*   

Dès lors qu’on entre en contact avec KT Gorique, on entend le son des rimes mêlé à celui d’un sourire féerique et on trace en couleurs nos rêves qu’on pensait utopiques. La jeune rappeuse se présente à nous joyeuse et rayonnante. Elle sautille d’entrain comme une enfant qui attend que tombent les premiers flocons de l'hiver. KT Gorique s'intalle, ses jambes se balancent depuis l’accoudoir du sofa et les réponses fusent comme une toupie en pleine accélération. Et on se dit : « Pourvu que ça ne s’arrête pas trop vite. »

KT Gorique est née à Abidjan en Côte d’Ivoire mais depuis ses 11 ans, elle vit à Martigny et ces deux origines coulent dans ses veines. Qu’on ne lui dise surtout pas qu’elle ne vient pas d’ici, ça la blesserait profondément. Donc, cette enfant du pays à la peau basanée, aux dreadlocks et aux baskets bleues chante, danse, rappe, écrit dans une catégorie musicale encore peu ou mal connue dans nos contrées, le hip hop. Et dans ce domaine, on ne triche pas. « On ne fait pas du hip hop, on EST hip hop, un point c’est tout. Tu vis, bouge, danse, pense hip hop. Notre devise c’est: peace, love unity and having fun. On transmet de l’amour au travers de notre art en quelque sorte. »

Encore gamine, les cheveux courts, KT Gorique gagne en 2012 les championnats du monde de freestyle à New York. On peut donc la considérer comme une pro de l’impro. Elle joue avec les mots, sons, sens ou double-sens d’une facilité déconcertante et en rigolant, elle nous dit : « Pour moi, l’impro ne va pas sans le rap. Au final, c’est un peu comme une partie d’échec avec tes neurones. Tu connais la suite de ce que tu vas dire avant de le dire. L’impro est un jeu, tu jongles avec les mots comme un jongleur avec ses boules. » On dirait qu’elle gagne à tous les coups sans recette ni stratégie. La seule stratégie qu’elle semble incarner et utiliser, c’est ce profond naturel et cette incroyable énergie qu’elle dévoile et qui la rendent si sympathique dès le premier instant. Et on se redit : « Pourvu que ça ne s’arrête pas trop vite. »

Comme la vie est bien faite quand on fait ce qu’on aime, KT Gorique est choisie pour incarner le rôle d’une jeune rappeuse - Coralie - dans le film de Pascal Tessaud sorti en 2015, Brooklyn. Elle n’a aucune formation dans le cinéma ou le théâtre, et pourtant Pascal Tessaud lui fait confiance, une confiance presque aveugle qui n’effraie pas la musicienne. Comme à son habitude, elle se lance dans cette nouvelle aventure tête baissée, à fond, ne cherche ni à plaire ou à être la meilleure. Elle joue tout simplement un rôle qui pourrait être le sien. « La fille que j’interprète dans ce film a la même passion que moi. Je comprends ce que son personnage représente et ressent: sa passion, ses mots, rester soi-même. J’ai adoré jouer la comédie, mais je ne sens pas comédienne pour autant. »

« Relève les défis, c’est ça qui est intéressant dans la vie » relaye un des personnages du film à l’intention de Coralie. KT Gorique a-t-elle vraiment besoin qu’on la pousse, qu’on l’incite à réaliser ses rêves? Je dirais que non et je ne pense pas me tromper. Elle aurait pu abandonner 20 fois, ne pas sortir son premier album « tentative de survie », mais elle s’est accrochée malgré des nodules sur les cordes vocales (elle reste un mois sans voix) et l’obligation de ré-enregistrer la moitié de l’album. Rendre les armes, jamais! « Les gens, y’a qu’eux-même qui peuvent se mettre des bâtons dans les roues. Personne d’autre. Il faut suivre son intuition. Je savais qu’il ne fallait pas que j’abandonne, même si parfois, j’étais à la limite dans ma tête. C’est plus souvent des facteurs extérieurs qui ont essayé de me faire abandonner. Mais ça valait vraiment la peine. Le CD a eu un très bon accueil. J’ai plein de concerts de prévu et je reçois aujourd’hui le prix d’encouragement de l’Etat du Valais. »

C’est devenu un rituel. Durant chaque concert ou événement majeur, la jeune rappeuse arbore un visage grimé tracé de motifs blancs, comme ce fut le cas durant la remise du prix d’encouragement culturel remis à Loèche le 18 novembre 2016. Ce soir-là, KT Gorique a dessiné un cercle blanc comme troisième oeil et des traits en pointillé qui partent de la base du nez jusqu’au menton. Et quand on lui demande ce que ce signifient ces dessins, elle explique le plus simplement du monde: « Ce soir, je vous offre mon plus beau visage. » Dans la salle, on n’est pas loin de verser une petite larme qu’on essuie discrètement du bout des doigts. Et on se dit définitivement: « Pourvu que ça ne s’arrête pas trop vite. »

* Extrait de la chanson R.ÉVEIL / KT Gorique, prod by Kj Kamo / Tentative de survie

Parution: décembre 2016
Texte: Sophie Michaud
Photos: © David Zehnder

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