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Julie Beauvais

Le ciel et ses étoiles

Julie Beauvais porte de petites lunettes rondes métalliques vintage qu’elle ôte pour mieux contempler le paysage de ce fond de vallée où elle a élu domicile depuis huit ans. La nomade qu’elle était s’est acheté un minuscule chalet d’époque dans le vieux village de Chandolin, à 2’000m d’altitude, à quelques pas seulement de là où vivait Ella Maillart. Décidément, un vent qui fleure bon l’aventure souffle sur les flancs de cette montagne. Julie Beauvais y pose ses bagages et s’y ressource à chacune de ses visites en Valais. Elle y trouve également l’environnement parfait pour écrire et élaborer ses projets

Née à Sion, Julie Beauvais débute la danse au Conservatoire avec la pédagogue et chorégraphe américaine Charlotte Fox. Elle s’y donne corps et âme, presque avec obsession, avant de découvrir le théâtre. Elle est littéralement captivée par cet art. Sa maturité en poche et malgré son jeune âge, elle intègre l’École de théâtre Jacques Lecoq. Dans cette prestigieuse école, il ne s’agit pas seulement de former des comédiens, mais bien plus de préparer tous les artistes au monde du théâtre : auteurs, metteurs en scène, scénographes et comédiens.

Fraîchement diplômée, Julie Beauvais crée deux compagnies, l’une à Chicago « Sprung theatre » et l’autre à Genève « Mondes contraires ». Les voyages se succèdent donc entre la Suisse, le Brésil et les Etats-Unis, nourrissant ses créations d’inspirations diverses et multiples. « On voyageait vraiment d’un monde à l’autre, on était en train de s’inventer une langue théâtrale nourrie de toutes ces différences», dit-elle en souriant. Durant dix ans, le collectif des « Mondes contraires » crée et tourne, en collaboration avec les artistes locaux, des performances et pièces engagées, en résonnance avec les mouvements sociaux des pays partenaires, dans les favelas du Nordeste du Brésil, dans les villes et hameaux de Mongolie, dans les montagnes de la résistance sandiniste au Nicaragua.

Décidemment, Julie Beauvais avec son généreux sourire, ses cheveux courts et son regard profond, ne passe pas inaperçue. Eugenio Barba, disciple de Grotowski et fondateur de l'Odin Teatret, considéré comme l'un des maîtres du théâtre contemporain, lui propose de rejoindre son centre de recherches au Danemark. Elle intègre la compagnie internationale « Hopballehus » chapeautée par l’Odin Teatret et joue dans différentes pièces. C’est une consécration pour la jeune femme, mais petit à petit, le rêve se déconstruit. Car ici comme ailleurs, elle y retrouve les mêmes dysfonctionnements qui, loin de la déstabiliser, la portent vers d’autres horizons.

On l’engage comme professeur dans différentes écoles en Suisse et en Angleterre. « Lorsque l’on peut mener des recherches avec de jeunes artistes curieux et passionnés, on découvre beaucoup de nouvelles pistes qu’on a ensuite envie de creuser». À cette époque, elle intègre à ses travaux de recherche la musique lyrique et fonde, avec Jean-Luc Follonier, professeur au Conservatoire de Sion, Ouverture opéra. « Ce qui m’intéresse, c’est l’expérimentation avec les chanteurs, les danseurs ou les comédiens. Le résultat n’est pas une fin en soi pour moi. La recherche m’intéresse bien plus. »

Julie Beauvais a compris qu’on ne boit jamais deux fois de la même eau. Elle passe d’une expérience à l’autre avec une audace déconcertante. C’est du moins la forte impression qui se dégage d’elle. Elle laisse derrière elle les maisons d’opéra aux organisations pyramidales pour inventer une plateforme à la dynamique plus collaborative « BadNewsFromTheStars* » où chanteurs lyriques, vidéastes, plasticiens et chorégraphes se rencontrent et dialoguent autour de projets communs comme « Krasis » montré pour la première fois en 2014 au Festival de la Bâtie à Genève.

Après avoir obtenu le prix d’encouragement de l’Etat du Valais, passé six mois en résidence à New York et notamment mis en scène « L’Histoire du Soldat » pour la Fondation Arnaud, Julie Beauvais se consacre à présent à la musique contemporaine. Les premiers résultats de ses travaux de recherches seront visibles à la Ferme-Asile du 20 au 29 janvier 2017 lors de la collection Excuse Me While I Kiss The Sky. Si ce titre nous invite à embrasser le ciel, il est fort à parier que Julie Beauvais, avec le charisme, l'intelligence et la finesse qu’on lui connaît, nous entraîne vers les étoiles, dans un univers puissant, mélodieux et onirique où s’expriment, dans une profonde harmonie, la musique, le corps et l’espace.

www.juliebeauvais.com
Excuse Me While I Kiss The Sky

Photos: Nadia Tarra
Texte: Sophie Michaud
Parution: janvier 2017

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