Pépinière artistique à Marrakech

Courant 2015, l'association Culture Valais adhérait à la Commission internationale du Théâtre Francophone, aux côtés des gouvernements du Canada, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la France et du Québec. La CITF a organisé en avril dernier sa 3ème Pépinière à projets à l'occasion des Rencontres artistiques internationales en places publiques Awaln'art, à Marrakech.

Planter des graines

Deux artistes du Valais, le metteur en scène Stefan Hort et la comédienne Jennifer Skolovski, ont pris l'avion pour le Maroc pour rejoindre dix-sept autres artistes venus de tous horizons francophones. Pour l'un, comme pour l'autre, l'expérience a été des plus porteuse. L'émulation, l'échange de pratiques et le frottement artistique ont été de bénéfiques moments. La CITF réunit des artistes sur le terrain dans le but de les voir proposer des projets de création internationaux. "Cela a duré deux semaines, mais l'intensité était telle, j'ai eu l'impression d'y avoir passé trois mois", explique Jennifer Skolovski. Et si ces quelques jours peuvent paraître courts pour amorcer des projets, la rencontre a surtout la vocation de son titre, être une pépinière. La CITF offre un lieu, un temps où se plantent des graines. "Pour moi, le fait que des professionnels de différents continents, avec différents modes de fonctionnement, se trouvent pour prendre du recul et observer avec les lunettes de son voisin sa pratique est déjà un but en soi. Même si cela ne devait pas déboucher sur un projet de création, l'apport est énorme et essentiel. Monter un projet à l'international, impliquant trois pays sur deux continents peut vite coûter très cher. Mais l'échange du moment, le réseau que cela crée a une valeur inestimable", souligne Stefan Hort. Chaque participant arrive avec des savoirs différents autour d'une réalité commune, celle d'être artiste. Tant les moments formels des ateliers que les repas ou soirées ont permis cette densité de partage.

Le théâtre dans l'espace public

La Pépinière s'inscrivait dans le cadre de la thématique de l'art dans l'espace public. Une occasion rêvée pour Stefan Hort, d'explorer les différentes appréhensions de l'espace public selon les pays: "Finalement, sur place à Marrakech, jouer à l'air libre semblait être une définition de l'espace public. Après discussion avec d'autres participants, nous avons réalisé que l'on créait souvent des bulles privées dans l'espace public. La notion de public convié ou non convié a été évoquée. L'art dans l'espace public, c'est pour moi davantage une proposition où tout un chacun peut participer, sans être d'un côté ou de l'autre d'une barrière d'accès au spectacle ou à l'oeuvre."

La première semaine a permis aux artistes de travailler par groupes en ateliers. Durant la deuxième semaine, les participants présentaient leurs projets en public. L'expérimentation leur a autant permis d'improviser sur le thème de la mosquée que sur celui du bordel. Des mondes se sont rencontrés, avec des rapports au théâtre, à la religion, à la femme ou à l'espace qui ont permis un échange authentique, parfois déroutant.

Expérience enrichissante

L'expérience a été vécue comme un privilège. Jennifer Skolovski annonce la couleur. Avant le départ, elle ressentait un certain découragement. La rencontre marocaine a été une forme de piqûre énergisante. "Etre artiste peut amener à s'isoler beaucoup. Il est parfois difficile de trouver l'équilibre entre le travail alimentaire et les moments de création. L'envie de bouger, d'aller voir des spectacles ailleurs, de rencontrer d'autres artistes est toujours là. Mais elle implique un investissement de temps et d'argent que nous n'avons pas toujours. Rester dans son coin n'aide pas à suivre la dynamique créative. Mais les contraintes sont là. J'ai eu un sentiment similaire à celui que j'avais quand je fréquentais l'école. On y vit des remises en question constantes, avec une force qui se renouvelle sans cesse. A l'issue de la formation, c'est le trou. Chacun rentre chez lui et il devient difficile de recréer un réseau. Cette rencontre m'a apaisée et redonné du courage pour continuer. Ces deux semaines nous ont totalement immergés dans le concret". Jennifer Skolovski s'était interrogée sur la rencontre Les artistes peuvent-ils changer le monde ? organisée durant The Mini Festival au Théâtre Les Halles à Sierre, en même temps que la Pépinière à Marrakech. Ces quelques jours au Maroc lui ont permis de réaliser que la question se pose partout dans le monde, pour tout artiste. Sa rencontre avec Patricia, une artiste sénégalaise, l'a confortée dans l'idée que oui. Et que si l'art est une forme de combat pour des idées, il fallait continuer. Les deux artistes du Valais ont énormément appris de ce foisonnement international et se sentent reconnaissants d'avoir pu se confronter à différents modes de penser, de croire et de créer. "Nous retrouver hors cadre, en dehors de notre zone de confort nous a beaucoup nourri et donné beaucoup de matière pour la suite." conclut Stefan Hort.

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